Les journalistes sportifs ont-ils fait du sport ?

Andrew beef Johnston Henrik Stenson interview golf journaliste sportif Jérôme Marczak

Oui ce titre est provocateur. Non ce n’est pas par pur esprit incitatif et dans le but de faire polémique. Je n’ai aucune haine contre les journalistes (je l’ai été et suis toujours dans l’information moi-même) ni contre tel ou tel titre de presse.

Mais je viens de lire un article sur la participation de Joël Stalter à l’US Open de golf dans le Républicain Lorrain et pour la énième fois je me fais cette même remarque : le journaliste sait-il ce qu’est de pratiquer un sport ? Je ne parle même de sport de haut niveau, car dans bien des cas les journalistes n’ont pas été sportifs de haut niveau. Ni les lecteurs d’ailleurs.

L’article est intitulé « Joël Stalter : peut-être le début d’une longue série ». Le golfeur lorrain de 24 ans est encensé par le journal régional qui chérit son poulain local. Normal. Mais là où je tique, c’est le redondant réflexe des journalistes à partir en hypothèses fallacieuses de gloire durable, de carrière lancée à jamais car avec un tel talent il va forcément réussir de grandes choses.

Comme tout récemment au sujet de la joueuse de tennis lettone Ostapenko après avoir soulevé le trophée de Roland Garros. Elle n’a que 20 ans, a fait sensation en créant la surprise de la quinzaine par sa victoire, et c’est sûr, elle sera au sommet pour longtemps. C’est le début d’une longue série. Comme avec tant d’autres avant elle. Avant Joël Stalter.

Le sport dont le golf ne sont pas de longs fleuves tranquilles

Joël Stalter n’est est qu’à sa première participation à l’US Open de golf et le voici déjà promis à une longue série donc.

Ne savent-ils donc pas combien il est difficile déjà de s’y qualifier ? Combien de français y sont cette année ? Trois ! Seulement trois ! Lévy, Stalter et Bourdy, qualifié les derniers jours. C’est dire si le ticket d’entrée vaut cher… Et il ne s’agit ici que de qualification. Pas de résultat. Vous imaginez le défi.

Non, le sport de haut niveau n’est pas un long fleuve tranquille. Surtout le golf. Chaque semaine, il faut repartir de zéro pour toucher la grâce.
Ce sport requiert une telle précision technique et une telle force mentale qu’un petit dérèglement peut faire rater le cut.
Une semaine c’est le paradis, et l’autre c’est l’enfer. Et tous les jours, les professionnels retournent à l’entrainement pour peaufiner leurs coups, et s’adapter de nouveau au parcours, aux conditions climatiques, à la forme du moment, etc.

Comment les journalistes peuvent-ils, dans ces conditions, ne pas tenir compte de ces facteurs clés dans des compétitions où champions se tiennent souvent en un coup, après quatre jours de lutte acharnée et nerveusement épuisante ?

Croient-ils qu’une fois un niveau atteint, on y reste avant de l’élever encore et toujours ?

Que dire des blessures qui font manquer des semaines, des mois voire des années ? Sans parler de l’appréhension de rechuter et de devoir s’arrêter définitivement ? Spieth, Day, Johnson, Mickelson et Woods, pour ne citer qu’eux, ont du se retirer quelques temps avant de retrouver la compétition en 2017. Et Woods doit encore attendre…

Coup après coup et pas de projection hâtive

S’entrainer tous les jours permet certes de repousser ses limites mais surtout de s’y confronter. L’approche de la compétition de haut niveau peut vous changer un athlète en champion, comme un grand athlète en éternel second couteau.

Joël Stalter a un grand talent. C’est indéniable. Comme beaucoup de français d’ailleurs. Mais il n’en est qu’à sa deuxième année professionnelle. Tout reste à accomplir et je luis souhaite des heures de gloire.

Mais chaque chose en son temps. Qu’il se classe avec les honneurs à l’US Open d’abord. Qu’il réédite ensuite cette performance. Qu’il surmonte les épreuves des blessures, des doutes, des échecs, des succès même, et à ce moment-là il sera peut-être légitime de parler de « d’une longue série ». Ou alors son seul objectif de golfeur de haut niveau serait de se qualifier sans penser à une victoire ou des places d’honneur, pourtant synonymes de beau chèque à la fin de la semaine ? J’ai du mal à le croire. Les sportifs professionnels jouent pour gagner. Et les accessits les déçoivent souvent quand ils se sont vus soulever la coupe avant l’heure.

Je me doute que les journalistes rêveraient de voir gagner leurs chouchous français au golf, comme dans tellement d’autres sport. Mais seuls les résultats parlent. Et le talent n’est rien sur la ligne d’arrivée. Enfin sur le leaderboard.

Messieurs les journalistes, vous qui aimez les belles histoires, n’écrivez pas celle des golfeurs avant qu’ils ne la vivent eux-mêmes. C’est vivre de fantasme et pas sur l’instant présent et coup après coup. Au golf, seuls les grands savent jouer coup après coup sans se projeter sur une hypothétique victoire avant que le dernier trou soit joué.

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Jérôme Marczak s'est pris de passion pour le golf il y a quelques années. Après une pratique en dilettante et entrecoupée de blessures dues à d'autres sports, il s'oriente depuis 2016 vers le golf de manière exclusive. Fort de son expertise en communication écrite (formé au journalisme et à la communication et comptant 15 ans d'expérience dans le privé, le public et en tant que consultant indépendant), Jérôme Marczak associe l'écriture et le golf dan ce blog pour proposer une vision unique d'un blog de golf : un amateur parmi tant d'autres qui partage sa passion, ses progrès, ses erreurs, ses expérimentations mentales, techniques... Il souhaite avant tout partager sa passion du golf avec les milliers d'autres pratiquants qui s'y mettent eux-aussi en grand nombre ces dernières années et qui tentent de progresser dans ce jeu technique, précis, ludique et tellement enrichissant ! Avec simplicité, humour, envie, et passion. Merci de lire ce blog et de participer à votre manière au développement du golf en France, et de contribuer à développer la communauté du golf tout court :-) A bientôt sur SensationsGolf.fr !

2 COMMENTS

  1. Cette question de la compétence par le vécu pour les journalistes qui commentent, est à poser dans bien des domaines. Dans mon domaine, j’ai la même réflexion que vous : celui ou celle qui écrit, a-t-il seulement Une petite idée de ce dont il parle. J’en doute souvent. En même temps, ce n’est pas parce qu’on est un expert, spécialiste de son domaine, qu’on sait en parler. L’écriture est un talent en soi.
    Concernant le golf, je reste persuadé qu’il est difficile d’appréhender les difficultés et les enjeux de ce sport sans en avoir vécu ses affres. Si je me réfère aux conversations que je peux avoir avec des proches qui ne font pas de golf, je réalise le gouffre qu’il peut y avoir entre l’idée qu’on se fait de ce sport et sa pratique. Vous l’avez souligné, le golf a intrinsèquement une dimension d’incertitude difficilement envisageable sans sa pratique. Je vais faire 50 coups parfaits – enfin pour mon niveau – et puis enchaîner 10 coups de m…., sans que personne et surtout pas moi, puisse expliquer un tel écart. Faut l’avoir vécu pour y croire.
    En conclusion, je vous suis quand vous voudriez plus de pratiquant des sports chez les journalistes. Mais le premier critère restera la qualité d’écriture. Donc le manque de pratique doit être compensée par une bonne investigation et une bonne écoute. Sans extrapolation dramatique. Comme dans l’article que vous citez.
    À vous lire,
    Jacques

    • Merci Jacques pour votre commentaire. Compétences rédactionnelles, expérience de la discipline couverte et psychologie sont pour moi, en effet, trois valeurs fondamentales pour faire un bon journaliste 🙂 A bientôt !

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